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Édito Printemps 2008

Coups de gueules!

Ce mois de mars a été fertile en évènements plus ou moins médiatisés aussi bien dans le vaste monde que proches de nous. Sans en méconnaître le degré de gravité, ils partagent un caractère commun: susciter notre indignation, notre coup de gueule.

Coup de gueule à propos du Tibet. Pourtant régi depuis des décennies par un pouvoir chinois qui, sous couvert de développement économique salutaire, vise à sa complète assimilation, le peuple tibétain s'est à nouveau soulevé sous une double bannière: celle de sa soif de liberté et celle de son attachement à son leader spirituel, le Dalai lama. À l'heure où le monde entier, la France "des droits de l'Homme" au tout premier rang, allait contribuer au triomphe des actuels dirigeants d'un pays devenu leader du monde, un " flocon de neige" est venu gripper la belle machine mettant en lumière le coté noir de l'Empire du milieu. Assez curieusement nos voisins de l'est s'en sont trouvé mal à l'aise. On dira plus loin pourquoi.

Coup de gueule à propos du projet de Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat aux transports, sur la réforme des écoles de la marine marchande. Dans une table ronde,* passée inaperçue, le gouvernement, sous couvert de doter les écoles d'hydro d'un nouveau statut enterre le statut régional créé par Raffarin et, chose absolument inadmissible pour la Bretagne, envisage la fermeture des deux seules écoles bretonnes: Nantes et Saint Malo. À l'exception de Jean Yves Le Drian, indigné de voir qu'après y avoir investi 300 000 €, la région se trouvait ainsi dépossèdée. On a lu nulle part quelque réaction du personnel politique breton, à l'exception de l'UMP René Couanau. On trouvera plus loin la façon dont l'AFB-EKB entend réagir. Toujours dans le chapitre maritime on rappellera que les archives de la marine entreposées à Brest vont être envoyées à ...Rochefort, fief électoral du même Bussereau. La "vocation maritime de la Bretagne", aux yeux de nos maitres, doit donc être réservée aux seules activités ludiques et au sanctuaire de la force de frappe. On constate aussi que les "Verts", d'habitude si prompts à brandir le fameux principe de précaution, restent étrangement silencieux sur le danger nucléaire et l'absence totale de mesures de protection des populations de l'agglomération Brestoise et de la Presqu'Île de Crozon, pourtant aux premières loges.

Coup de gueule encore à l 'annonce avec un certain culot, par la fondation Chirac et et le ministère de la culture, de la tenue des "états généraux du multilinguisme" à Paris le 26 septembre prochain "à l'occasion de la présidence française européenne". Tout cela au moment où un rapport de l'ONU, sous la signature de l'Experte indépendante Mme Gray Mc Dougall, dénonce l'ostracisme qui existe sur la question des minorités en France et tout particulièrement le non respect de l'article 27 du Pacte international sur les droits des minorités. Idem pour les articles 30 pour la Convention relative aux droits de l'enfant et pour le Protocole n°12 à la Convention des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Bien sûr il n'a été fait aucune mentionde ce rapport dans les médias. L' UNESCO ayant placé l'année 2008 sous l'égide de la protection de la pluralité linguistique, voilà un rapport et un évènement dont nous devons faire bon usage. Serons nous aussi fermes que les Tibètains ? La question est posée.

C'est en travaillant unis et de façon déterminés que les bretons participeront de plein droit à un monde où les raisons d'indignation seront moins flagrantes.

An Dibikouzer.

* journal Le Marin du Vendredi 8 Février 2008

Édito Automne 2007

Contradictions Rennaises.

Dans un article du journal Libération paru le 14 Décembre dernier, Jean Yves Le Drian déclare que "la Bretagne peut devenir un autre tigre celtique, un moteur de croissance pour la France et l'Europe comme nombre d'autres régions de France". Après avoir affirmé que les temps où notre pays exportait "ses Bécassines", pour le plus grand bonheur des riches Parisiens, étaient révolus - ce que nous lui accorderons bien volontiers - notre président régional célèbre à l'envie le présent, dont le défilé de la Breizh Touch en Septembre dernier à Paris serait la plus emblèmatique preuve de réussite et justifierait pleinement à ses yeux la pleine reconnaissance , je le cite: "de régions fortes dans un État fort". Un État régulateur capable de contrer l'hyperconcentration des moyens financiers, stratégiques et humains sur la mégalopôle parisienne, condition sine-qua-non pour faire émerger des régions adultes. Jusqu'ici nous ne pouvons qu'applaudir tout en soulignant que le chef de fil des socialistes "bretons" découvre ce que les militants bretons n'ont cessé de proclamer depuis de décennies. Une première interrogation tout de même: comment se fait-il que lorsqu'il avait le pouvoir à Paris le parti de Jean Yves Le Drian n'a jamais pu (voulu?) mettre en œuvre cette généreuse et clairvoyante politique?
La réponse nous est donné par Jean Yves Le Drian en personne puisque quelques lignes plus loin il récuse toute forme d'émancipation politique pour la Bretagne: "point d'indépendance et même d'autonomisme".

Mais Jean Yves Le Drian n'est pas à une contradiction près puisque plus loin dans son exposé il appelle à la rescourse le "fighting spirit" de l'Irlande pour insuffler aux Bretons un "Breizh Spirit" au service de la France et de l'Europe! Posons lui la simple question: si l'Irlande était restée sous la domination de Londres, aurait-elle pu atteindre son niveau de développement économique actuel? Quant à ce "fighting spirit" ne vise-t-il pas tant à servir la grandeur de la Grande Bretagne mais bien en premier lieu les Irlandais...

Autre interrogation: de quel "fighting spirit" Jean Yves Le Drian et ses "ministres" ont-ils fait preuve lors de la crise de la pêche et lors de l'imposition de la nouvelle carte judiciaire? La réponse est limpide: aucun puisqu'ils ont pour seule ambition de se contenter du statu-quo actuel, statut nullement remis en cause par un Parti Socialiste plus enclin à régler des comptes internes qu'à sortir du dogme centralisateur.
Aussi à moins d'être un benet sur le plan politique, on a de la peine à saisir comment la péninsule bretonne peut espérer atteindre ces objectifs en gardant un statut politique de seconde zone avec des ressources propres dérisoires, une amputation de 40% de son potentiel économique et une mise sous tutelle jalouse par un superpréfet fidèle exécutant les décisions d'un état central hostile à tout nouveau transfert de pouvoir. Pour le moment on assiste surtout à un transfert de charges. Le tout récent discours de MAM - ministre de l'intérieur - à Strasbourg a été sans détour sur la question: tout accroissement du pouvoir régional est exclu car ce serait ouvrir la porte au Fédéralisme. Voila l'ennemi.

Aussi pour remettre les choses au clair nous dirons à Jean Yves Le Drian et à ses collègues socialistes qu'il leur faut cesser de cultiver l'ambigüité. La Bretagne n'est pas une région mais un pays avec un peuple, le peuple breton qui constitue une nation, une nation sans état. Cette nation est englobée dans un état, l'État français qui impose sa culture majoritaire aux cultures minoritaires. Comme le rappelait récemment un journal israëlien, la France ne reconnait en son sein aucune minorité national et aucune autre langue officielle que le français. Aussi s'il fallait à Israel choisir comme modèle d'état celui de la France [autoqualifié d'exceptionnel], Israel devrait en toute logique imposer à tous ces citoyens une langue unique, l'Hébreu et imposer une homogéneisation culturelle à tous ses habitants, minorité arabe comprise. Voilà un aspect du problème que les envolés lyriques de notre président se sont bien gardées dévoquer.

An Dibikouzer

Édito été 2007

Contre exemple palestinien et actualité bretonne.

Ce qui se passe en Palestine doit inciter chaque militant breton à la réflexion. Voilà en effet un peuple victime depuis des décennies de spoliations territoriales et économiques ininterrompues qui, comme cela ne suffisait pas à son malheur, voit sa situation aggravée par une lutte fraticide entre deux fractions rivales le Hammas et le Fatah pour les nommer. Cette absurde spirale de la violence inter palestinienne a pour seuls résultats une aggravation considérable des souffrances de la population et le report à une échéance de plus en plus lontaine d'une solution négociée avec Israël. Autre conséquence: la peau de chagrin des territoires palestiniens se trouve désormais scindée entre deux directions politiques distinctes le Hammas controlant la bande de Gaza et le Fatah la Cisjordanie. Évidemment il serait naïf d'ignorer les dessous d'un tel ambroglio. Le Hammas, créé de toutes pièces à l'origine par les services spéciaux israéliens pour affaiblir le Fatah, a échappé à ses concepteurs à la fois nourri par la corruption régnant au sein du Fatah et par un radicalisme islamique sans faille. Il convient de ne pas ignorer non plus les interventions occultes étrangères "intéressées" visant à conforter l'un ou l'autre des adversaires, Iran pour l'un, une partie des Occidentaux pour l'autre.

En Bretagne , fort heureusement nous sommes loin d'une pareille situation. Il n'en reste pas moins que l'éparpillement des forces qui prétendent ici à arracher pour le Peuple breton un statut politique lui assurant une large maîtrise de ses affaires, est tout aussi contre-productif, pous ne pas dire suicidaire. Les récents résultats électoraux obtenus ici et là par les candidats du Parti Breton et de l'Union Démocratique Bretonne démontrent, sans ambiguïté aucune, que l'heure oblige au regroupement, à un moment où le camp qui nous est le plus hostile triomphe à Paris.

L'AFB-EKB avait jugé avec raison que présenter des candidats aux législatives constituait une erreur parce qu'il ne pouvait en résulter que dépenses et déception. Par contre il importait d'une façon ou d'une autre de nouer des liens ici et là pour préparer les municipales. C'est ce que nous avons fait de deux façons: d'une part en privilégiant le courant qui refuse l'affrontement primaire et dogmatique, d'autre part en posant les premiers jalons pour mettre en place une structure commune à tout le courant fédéraliste patriote. Une première rencontre a eu lieu, d'autres dorénavant vont suivre chacun ayant enfin compris que le temps du bluff et des antagonismes de personne est révolu.

Améliorer notre fonctionnement, renforcer nos liens internes et augmenter nos effectifs, telles sont les priorités pour les prochains mois afin de nous faire mieux cnnaitre auprès du grand public et d'être en mesure de préparer de façon mature et responsable cet indispensable travail en commun que beaucoup de militants sincères appellent de leur vœux. La nouvelle direction de notre mouvement, bien décidée à marcher dans cette voie, va donc dès cet été prendre des initiatives pour lancer l'idée d'une rencontre des forces, sans exclusive aucune, qui s'obstinent à croire, pour le Peuple breton, à un autre avenir que son assimilation "soft" dans le melting-pot hexagonal.

An Dibikouzer.

Édito printemps 2007

Ministère de l'Identité ou ... des Identités

Interviewée tout récemment dans l'émission télévisée hebdomadaire de Christine Ockrent, une députée hollandaise du parlement européen disait sa consternation face à la tonalité des déclarations et des prises de position des deux principaux candidats aux élections présidentielles françaises. De son point de vue l'irruption, avec comme objet majeur dans le débat, des affirmations sur l'identité française, prenait une tournure intolérable. Selon elle, la France donnait ainsi à ses partenaires européens l'image d'un pays plein de suffisance cultivant un nationalisme agressif et égoïste. Elle résumait sa pensée en parlant de : "régression infantile et communautariste" à l'opposé des attentes des voisins. Il est assez piquant de voir qu'un terme utilisé par la phraséologie officielle pour stigmatiser les identités et appartenances sortant du moule dominant se retourne contre ses inventeurs. C'est bien là le paradoxe à l'opposé de ce que nous serinent nos jacobins. Un pays dont la vocation première serait de porter son message universel et autoproclamé au reste du monde, donne de lui la vision d'une société aigrie et dominée par l'intolérance et le refus de l'altérité. De cette prétention à l'aveuglement devant les réalités internes et externes, il y a peu. Ce renfermement porte un nom : l'autisme. Notons d'ailleurs que d'autres personnalités que notre députée hollandaise perçoivent aussi cette dérive cocardière et réductrice du débat politique. Ainsi Michel Wierworka, dans un éditorial paru dans Ouest France du 2 avril, met lui aussi en garde contre cette "face noire de la force". Il épingle la démarche bonapartiste de Sarkozy et la façon dont la "Jeanne d'Arc du Poitou" a cru bon de lui emboiter le pas. Lui aussi dénonce cette vision d'un pays fermé qui serait menacé du dehors par la globalisation et la construction européenne, et du dedans par la poussée des identités ne rentrant pas dans le "moule", tout particulièrement les régionales.

Le discours prononcée à Caen (9 mars) par le candidat de l'UMP est symptomatique de cet état d'esprit : Alors que le mot France y est prononcé à 109 reprises, son discours de 9 pages ne mentionne pas une seule fois la construction européenne, aucun développement sur la politique étrangère, aucune proposition pour son projet économique et encore moins un quelconque intérêt pour le renforcement des pouvoirs régionaux. Un seul thème est retenu : celui d'une France mythique et éternelle se suffisant à elle-même face au méchant monde "anglo-saxon", falsifications et approximations historiques à l'appui. Quant à sa "commère", sur un mode plus décalé, reconnaissons le, elle n'est pas en reste et on se demande bien où est passé son projet de gouverner avec les régions. Il est vrai que faire connaissance avec les proches conseillers des protagonistes permet sans aucune ambigüité de savoir, au-delà des pirouettes tactiques et verbales de chacun, à quelle sauce les peuples et expressions identitaires autres que "la communauté libre des citoyens" seront traités. Ainsi l'ex ministre de l'intérieur a-t-il pris soin de nommer comme successeur un adepte pur sucre de la langue de bois et des réponses biaisées. Son principale conseiller occulte reste l'inamovible Claude Guéant un "grand" de la gente policière, zélé connaisseur des dossiers et des réseaux. D'autres encore comme Alain Bauer avec ses connections outre-Atlantique ou Brice Hortefeux, sans état d'âme quand nécessité oblige, sont les garants d'une "république qui a accompli le vieux rêve des rois et en a fait une nation une et indivisible".

L'ardente promotrice du Chabichou a su aussi s'entourer de personnages attachés à museler les "identités dissonantes". L'austère et distingué Jean-Louis Bianco, blanchi sous le harnois mitterrandien, a repris du service. Co-directeur de la campagne il est, comme Claude Guéant le fait chez Nicolas Sarkozy, chargé de valider la ligne. Même promotion de l'ENA, mêmes cravates, même métier. Pas plus Christian Chantepy, conseiller d'État, que l'ex-trotskyste Mme Anne-Sophie Petersen, n'ont en tête de conseiller une réforme de l'État qui s'inspirerait du modèle fédéral. D'ailleurs Julien Dray est là avec ses réseaux prêts à stigmatiser toute tentative qui ferait la part belle aux identités bretonnes ou basques.

À la lecture de ce qui précède il sera donc intéressant de lire les réponses aux 10 questions que nous leur avons adressées ainsi qu'aux 10 autres compétiteurs en lice. Sans trop nous tromper nous pouvons déjà prévoir que le candidat de l'UMP renouvellera son niet explicite à la ratification de la Charte Européenne sur les minorités. Madame Royal sera sans doute réticente à donner une réponse ferme sur le non cumul des mandats étant donné que 4% seulement des députés de son parti sont dans ce cas. Nous ne préjugerons pas du reste. D'abord soucieuse des intérêts de la Bretagne et de ses habitants, l'AFB-EKB jugera donc sur pièces à la suite de quoi elle ne manquera pas de suggérer la voie la moins mauvaise pour la sauvegarde de l'Hermine.

An Dibikouzer.

Juillet-Août 2006

Culture, Médias et Politique.

Voilà un thème que d'emblée, pour paraphraser un des acteurs les plus doués de notre époque, Fabrice Lucchini, il convient de définir comme "hénaurme". Aussi pour être plus concis, cette rubrique entend-t-elle y apporter quelques remarques et éléments de réflexion sous l'angle breton. Point de vue iconoclaste aussi. Pièce supplémentaire au tableau: s'interroger sur la suite à donner à la manifestation du 3 juin dernier à Rennes.

Depuis des décennies ceux que par commodité ou habitude on nomme les "défenseurs" de la culture bretonne ont agi de façon contradictoire: d'une part en participant aux manifestations estivales à usage touristique, ils ont conforté sans être toujours conscients les visées profondes du pouvoir central [affaiblir la revendication identitaire en la réduisant au rang du folklore]. Et à l'opposé, à intervals plus ou moins réguliers, ces "défenseurs" sont descendus dans la rue pour tenter d'interpeler ce même pouvoir central, ou ses représentants locaux, sur son refus de mettre en place des mesures appliquées presque partout ailleurs en Europe aux minorités pour la sauvegarde de leurs spécificités. La résurgence, due à l'apparition de Diwan (laquelle a entrainé dans son sillage Div Yezh et Dihun) de la question linguistique a compliqué la donne pour les jacobins lesquels ont réagi en aggrégeant aux festivals "purs-jus" de l'été les concepts de "mariage des cultures", de " rencontres citoyennes" et autres slogans utilisés à toutes les sauces. Objectif: entraver, sinon freiner, la prise de conscience nationale de la population bretonne qui l'amène(rait) à réfléchir sur ses droits politiques et du coup à en revendiquer l'application.

Autre caractéristique prédominante jusqu'il y a peu: le refus du monde culturel de s'engager politiquement auprès de forces politiques autochtones pour bien souvent confier leurs intérêts aux relais locaux des partis parisiens qui -et la démonstration a été faite à de multiples reprises- par leur essence même sont hostiles aux intérêts profonds du peuple breton. Avantage appréciable pour Paris: ces forces politiques bretonnes peinent à présenter des effectifs leur donnant la capacité d'entrer en compétition avec les partis hexagonaux. Autre conséquence: l'éparpillement des initiatives ne peut que renforcer le scepticisme des populations à leur encontre.

Les médias sont au diapason de ce pouvoir central qui n'attend au bout du compte ne rien lacher de son emprise. Ouest-France en tout premier. Avec un réseau d'acquisitions "hénaurmes" ce quotidien maille de façon implacable le territoire breton et s'évertue avec constance, par le biais d'un contrôle politique exercé par une ou deux personnes, à noyer la revendication bretonne dans un magmas correspondant à son aire de diffusion qualifié de "grand-ouest". Dans une moindre mesure, sans doute du fait de son ancrage finistérien, Le Télégramme participe au décervelage tout en se dédouanant à intervals réguliers par une chronique en langue bretonne de bon niveau. Notons que ces deux quotidiens utilisent pourtant sans vergogne la carte "Bretagne" avec leurs branches éditions. Il est vrai que c'est aussi là un moyen légal de faire des bénéfices supplémentaires. Une formule vient donc à l'esprit pour les qualifier: celle de "contrôleurs d'opinion", tout au moins pour l'information écrite.

La télévision n'est pas en reste. Alors que partout en Europe il existe des organismes portant les couleurs et la vision sur le monde des peuples avec ou sans état [etb, TvGalicia, S-Pedwarek, Tv catalugna etc...], ici nous avons assisté à la mise à mort de Tv Breizh et au retour d'une télé digne des temps de l'ère gauliste. Même chose, sinon en pire avec les radios dites "bleues".

Cet état d'esprit s'accorde avec ce que l'on a voulu en haut lieu: renforcer le pouvoir des préfets. Quoi de plus démonstratif que l'affaire de Teknival dans le Mor-Bihan? Gérée directement de Paris par le ministère de l'intérieur, avec comme inusable courroie la Préfète, cette manifestation est devenue le symbole de la sujétion bretonne nous ramenant au temps où Mirabeau déclarait aux députés bretons: "Vous êtes bretons, taisez vous, les français commandent !" La "Task force" Sarkozy est même allée au delà car elle est passée outre une décision de justice qui suspendait l'arrété de réquisition de l'aérodrome de Meucon par la préfecture de Vannes. François Goulard, ministre de la recherche, a été allègrement ignoré. On constate donc que dans ce pays la séparation des pouvoirs, fondement même de toute démocratie, n'existe plus. Cela préfigure t-il la façon dont le candidat à la présidence entend gérer l'hexagone s'il arrive au sommet? Remarquons au passage que dans toutes autre pays démocratique ce "passage en force" aurait entrainé la chute du ministre.

L'ampleur de la manifestation de Rennes, plus de 15 000 manifestants, [bien au delà des chiffres donnés le lendemain dans un article liliputien par nos deux compères de "désinformation" cités plus haut] constitue un tournant parce que, pour la première fois sans doute, revendication culturelle et revendication politique ont été exprimées au diapason. Certes on peut regretter quelques "couacs"": que Gouel ar brezhoneg n'ait pas eu l'idée d'accorder ses violons avec les initiateurs de la journée, que War Leur ait cru bon de préférer sa démonstration à Perroz, que Askol n'ait pas quitté ses terres léonardes. Ils en ont été les premières victimes... Il n'empêche. La ferveur et la volonté de réussir était là. il s'agit donc maintenant d'accentuer la poussée avec un seul objectif: rendre le mouvement irrésistible. Armée de sa sérénité et de sa volonté de rassemblement, l'AFB-EKB va donc inviter les différentes organisations et personnes emblèmatiques engagées dans la lutte, à se rencontrer fin Septembre pour construire ensemble une Plateforme de dévolution - Raktres Emrenerezh suffisemment incisive pour en faire l'un des enjeux incontournables de la présidentielle 2007 en Bretagne.

An Dibikouzer

Avril 2006

Joyeusetés françaises

Deux éléments ont marqué l'actualité et illustrent de façon significative la "démocratie" telle qu'elle se conçoit en France ces derniers mois.

Le premier, le C.P.E. élément de discorde qui était probablement une mauvaise réponse apportée à un vrai problème: s'attaquer à la diminution du chômage structurel chez les jeunes non qualifiés. Les manières à la hussarde d'un premier ministre "sur de lui et dominateur", ayant cru pouvoir se dispenser d'une concertation préalable avec les syndicats, conjugués aux réflexes d'une jeunesse persuadée que le pouvoir est dans la rue, le tout attisé par une opposition requinquée de façon inespérée, ont entretenu un feuilleton de plus de deux mois et demi qui vient de se terminer par la mort pure et simple d'une loi pourtant votée par une large majorité. Dominique de Villepin en est réduit à énoncé lui même le dépôt d'une nouvelle loi, pudiquement baptisée de remplacement.

Trois remarques s'imposent:
L'élection de députés pompeusement qualifiés de "représentation nationale" a-t-elle quelque valeur?
On mesure dans cette affaire le rôle insignifiant joué par le parlement même si en final il a bien fallu, pour se sortir du bourbier, lui redonner quelque peu la parole.
Autres constatations: la présidence n'a plus guère d'emprise sur le cours des évènements pas plus que l'opposition, à y regarder de plus près, n'a été en mesure d'offrir une claire alternative constructive. Tout cela au bout du compte traduit une crise de régime.

Autre fait, tout aussi inquiètant pour nous autres Bretons, l'affaire Jackie Berroyer. Cet adepte de l'humour tel qu'on le conçoit dans certaines sphères parisiennes s'était distingué en livrant sur RTL une chanson aux paroles peu ragoûtantes et à coup sur injurieuses pour la population bretonne. L'AFB-EKB avait envoyé un mail de protestation au directeur de l'émission qui s'était en retour platement excusé. Nous n'étions pas les seuls et l' UDB avait aussi protesté. Le collectif de Galv Karhaez, et c'est tout à son honneur, a été plus loin et a déposé une plainte auprès d'un procureur parisien pour "provocation à la haine raciale, diffamation et injures à caractère racial". Nous nous sommes trouvés à ses côtés pour approuver sa démarche, démarche qui à la réflexion aurait du être en premier celle du Président Le Drian. Pas plus que l'on a entendu d'ailleurs sos-racisme, pourtant d'habitude si prompt à sonner l'alarme sur ce genre d'affaire, appeler tout un chacun à "une solidarité citoyenne"! La démonstration est ainsi faite que l'indignation est sélective. Dernier développement: la plainte vient d'être rejetée par le parquet du tribunal de grande instance de Paris et classée sans suite sous prétexte que dans une affaire similaire qui ridiculisait les Corses ceux ci se définnissent uniquement comme "par un lien de rattachement géographique et non par par un lien ethnique". On a compris que c'est là un raisonnement tout à fait arbitraire qui vise à conforter l'inexistence juridique d'un peuple corse ou d'un peuple breton. Évidemment ce jugement est scandaleux et dans sa réunion du 7 avril le Collectif Galv Karhaez a décidé à l'unanimité des présents de poursuivre l'action contre Berroyer et de déposer une seconde plainte auprès du doyen des juges de Paris. Mais attention, cela va avoir coût. C'est pourquoi nous ouvrons une souscription pour, en compagnie de Galv Karhaez, être en mesure de défendre l'honneur des Bretons. En sollicitant vos amis et vos proches vous ferez la démonstration que la solidarité bretonne dépasse le stade du simple slogan.

An Dibikouzer

Novembre 2005

Un Conseil régional qui joue "petits bras"?

Nous l'avions dit à l'issue des élections qui ont amené une nouvelle majorité à la tête du Conseil régional: à priori elle suscitait beaucoup d'espoir pour la Bretagne. Plus de 20 mois après son installation y a t-il lieu d'être satisfait? Pour l'observateur averti le bilan semble devoir être bien coûteux pour le contribuable et bien maigre pour les réalisations tangibles. Qu'on en juge.

Le déplacement en Chine d'une délégation de plus de 60 personnes n'a guère eu de retombées autres que médiatiques et on ne peut pas dire que l'activité des PME-PMI bretonnes s'en est trouvée stimulée. Pas plus qu'il est certain que le public chinois (fort restreint d'ailleurs) qui a suivi ces activités culturelles en ait tiré quelque connaissance du monde celtique en général et encore moins qu'il ait appréhendé une entité bretonne distincte du reste de l'hexagone.

Autre déplacement problématique: le déplacement de Pascale Loget, vice-présidente du Conseil régional, flanquée d'une délégation européenne de 35 personnes (dont les représentants de 6 régions françaises) au Brésil avec comme objectif bien fragile de conforter le dernier bastion producteur de soja non-OGM dans ce pays, l'état de Parana. Rappelons tout de même qu'à ce jour 95 millions d'hectares, c'est à dire 5% de la production agricole mondiale, sont cultivés en OGM. Alors politique visionnaire ou angélisme dispendieux? Affaire à suivre.

L'inauguration à Bruxelles par Jean Yves Le Drian de locaux partagés par les pdl et la région Poitou-Charentes s'apparente plus à une promotion du Grand-Ouest qu'à une représentation emblématique de la nation bretonne auprès de ses consoeurs européennes.

Volet supplémentaire au tableau, le recrutement d'un personnel pléthorique pour la Région: plus de 250 personnes! Notons au passage que la même politique est menée au niveau départemental mais là l'explication est essentiellement à trouver dans le transfert par l'état central de personnels et son désengagement dans le domaine social (prise en charge du RMI et des personnes âgées). Certes nous étions hostiles à la gestion malthusianiste de l'équipe de Rohan. Il n'en reste pas moins que l'on retrouve là la plaie du système politique français: accumuler les structures et par conséquent les dépenses. Il est assez déplorable que le parti socialiste ait froidement endossé ce nouvel habit sans que pour autant sa politique soit animée d'un souffle novateur. Comme la droite il ne remet rien en cause.

Et c'est bien cette ligne, conforter le statut quo, que l'on observe sur la question de la réunification: les participants à la manifestation de Sant Nazer, le 10 Octobre dernier, ont eu tout le loisir de connaître les limites et les priorités du pouvoir régional socialiste. Faute de mener une offensive vigoureuse pour ébranler le statut quo, les dirigeants¹ de la Bretagne-croupion évacuent la question en créant une commission mixte chargée de mener une politique "des petits pas" qui se réunira 2 fois par an et traitera de sujets qui ne fâchent pas: le tourisme, la culture et plus si affinités! Le président de "Bretagne réunie" a publiquement déclaré qu'il ne se contenterait plus de faux semblants. Si nous n'avons aucun doute sur sa sincérité, encore faudrait-il que le comité qu'il dirige ne vive plus sur des certitudes qui ont fait long feu. L'Alliance Fédéraliste Bretonne-Emglev Kevredel Breizh, nouveau poil à gratter de la majorité régionale, se déclare prête à épauler "Bretagne réunie" pour bâtir et conforter ensemble une indispensable nouvelle stratégie.


¹ à noter l'exclusion du parti socialiste de Jean Pierre Thomin sous prétexte de cumul de mandat. N'y aurait-il pas là une occasion d'affaiblir un élément trop remuant parce que trop "breton" au profit d'un candidat plus aligné sur la sensibilité hexagonale du parti? La multi mandature, ne gène aucunement, soit dit en passant, 4 ministres du gouvernement de Villepin, le ministre de l'intérieur étant le premier concerné.

An Dibikouzer

Août - Septembre 2005

L'exemple basque

S'il est un peuple en Europe vers lequel il convient de tourner nos regards et d'y puiser une inspiration, c'est bien le peuple basque. En premier lieu il faut dénoncer l'image fausse véhiculée en Bretagne par quelques esprits imprégnés de références historiques obsolètes (l'ère franquiste est loin) et liés à une frange ultra minoritaire de la société basque actuelle. La vérité est que le peuple basque en 2005 est certainement l'un des plus en pointe pour la reconquête de sa pleine souveraineté. Rappelons au préalable quelques faits historiques.
Premier élément: c'est le statut de Gernika de 1980 qui, dans le cadre d'une décentralisation poussée de l'état espagnol, donne au pays basque sud une large autonomie avec, élément essentiel, la maîtrise de 60% des ressources fiscales.
Deuxième élément: depuis cette date c'est une coalition EAJ-PNV/EA(centre droit/centre gauche) qui dirige le pays avec pour constante ambition deux axes majeurs:
l'élargissement du statut d'autonomie accompagnant une dynamique économique optimiste (7% de chômage) et la reconquête linguistique.
Tout cela dans un contexte où la violence terroriste d'ETA était loin de faciliter les choses La récente actualité démontre pourtant avec brio que les deux objectifs cités plus haut sont en passe d'être atteints.

Avec la réélection pour la troisième fois consécutive, le 23 Juin dernier, de Juan Jose IBARRETXE comme Lehendakari 1 , face au candidat commun de la droite et de la gauche espagnole Patxi LOPEZ, le gouvernement tripartite basque va poursuivre son travail de développement économique et culturel mais aussi établir les bases d'un dialogue entre toutes les fractions politiques pour l'approfondissement de l'autonomie et de la paix sous la forme d'un état associé à l'état espagnol: c'est ce que l'on nomme le plan IBARRETXE. Tout ceci contraste fort avec la réalité au nord de la Bidassoa où face à un état centralisateur et endetté (1 100 milliards d'€), on peine à obtenir un département basque et où une véritable politique linguistique fait cruellement défaut même si l'état d'esprit populaire est autrement "battant" qu'en Bretagne. Le gouvernement autonome quant à lui considère comme son devoir de pallier à ces distorsions, "Zaspiak Bat" oblige.

Ici en Bretagne, les espérances de beaucoup de militants, suscitées par l'entrée au Conseil Régional d'une fraction bretonne, risque d'être déçues car on a de plus en plus la sensation que dans l'attente des présidentielles de 2007 tout est figé. On mesure là le danger d'une soumission au calendrier socialiste hexagonal. Idem pour la réunification. La stratégie de "Bretagne Réunie" (s'il en existe véritablement une) semblant se résumer à: pas de vagues avec les notables du Parti socialiste. C'est pourquoi il convient plus que jamais de renforcer les échanges, les passerelles, le dialogue constructif, loin des egos et des "bis bises individualistes", entre celles et ceux qui aspirent à rendre au peuple breton l'exercice d'une certaine dose de souveraineté. L' AFB/EKB persiste et signe dans cette voie avec pour critères essentiels la pleine adhésion à la construction européenne et le refus des discours ou des postures extrémistes. Attitude qui n'exclut nullement la fermeté et la cohérence des positions.

An Dibikouzer


1Leader, Président - Le dernier gouvernement basque est composé de 12 membres dont 5 femmes. Le parlement issu des élections du 17 Avril dernier (75 députés dont 52% de femmes) vient d'élire sa présidente: Izaskun BILBAO.