e mois de mars a été fertile en évènements plus ou moins médiatisés aussi bien dans le vaste monde que proches de nous. Sans en méconnaître le degré de gravité, ils partagent un caractère commun: susciter notre indignation, notre coup de gueule.
Coup de gueule à propos du Tibet. Pourtant régi depuis des décennies par un pouvoir chinois qui, sous couvert de développement économique salutaire, vise à sa complète assimilation, le peuple tibétain s'est à nouveau soulevé sous une double bannière: celle de sa soif de liberté et celle de son attachement à son leader spirituel, le Dalai lama. À l'heure où le monde entier, la France "des droits de l'Homme" au tout premier rang, allait contribuer au triomphe des actuels dirigeants d'un pays devenu leader du monde, un " flocon de neige" est venu gripper la belle machine mettant en lumière le coté noir de l'Empire du milieu. Assez curieusement nos voisins de l'est s'en sont trouvé mal à l'aise. On dira plus loin pourquoi.
Coup de gueule à propos du projet de Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat aux transports, sur la réforme des écoles de la marine marchande. Dans une table ronde,* passée inaperçue, le gouvernement, sous couvert de doter les écoles d'hydro d'un nouveau statut enterre le statut régional créé par Raffarin et, chose absolument inadmissible pour la Bretagne, envisage la fermeture des deux seules écoles bretonnes: Nantes et Saint Malo. À l'exception de Jean Yves Le Drian, indigné de voir qu'après y avoir investi 300 000 €, la région se trouvait ainsi dépossèdée. On a lu nulle part quelque réaction du personnel politique breton, à l'exception de l'UMP René Couanau. On trouvera plus loin la façon dont l'AFB-EKB entend réagir. Toujours dans le chapitre maritime on rappellera que les archives de la marine entreposées à Brest vont être envoyées à ...Rochefort, fief électoral du même Bussereau. La "vocation maritime de la Bretagne", aux yeux de nos maitres, doit donc être réservée aux seules activités ludiques et au sanctuaire de la force de frappe. On constate aussi que les "Verts", d'habitude si prompts à brandir le fameux principe de précaution, restent étrangement silencieux sur le danger nucléaire et l'absence totale de mesures de protection des populations de l'agglomération Brestoise et de la Presqu'Île de Crozon, pourtant aux premières loges.
Coup de gueule encore à l 'annonce avec un certain culot, par la fondation Chirac et et le ministère de la culture, de la tenue des "états généraux du multilinguisme" à Paris le 26 septembre prochain "à l'occasion de la présidence française européenne". Tout cela au moment où un rapport de l'ONU, sous la signature de l'Experte indépendante Mme Gray Mc Dougall, dénonce l'ostracisme qui existe sur la question des minorités en France et tout particulièrement le non respect de l'article 27 du Pacte international sur les droits des minorités. Idem pour les articles 30 pour la Convention relative aux droits de l'enfant et pour le Protocole n°12 à la Convention des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Bien sûr il n'a été fait aucune mentionde ce rapport dans les médias. L' UNESCO ayant placé l'année 2008 sous l'égide de la protection de la pluralité linguistique, voilà un rapport et un évènement dont nous devons faire bon usage. Serons nous aussi fermes que les Tibètains ? La question est posée.
C'est en travaillant unis et de façon déterminés que les bretons participeront de plein droit à un monde où les raisons d'indignation seront moins flagrantes.
An Dibikouzer.
* journal Le Marin du Vendredi 8 Février 2008
ans un article du journal Libération paru le 14 Décembre dernier, Jean Yves Le Drian déclare que "la Bretagne peut devenir un autre tigre celtique, un moteur de croissance pour la France et l'Europe comme nombre d'autres régions de France". Après avoir affirmé que les temps où notre pays exportait "ses Bécassines", pour le plus grand bonheur des riches Parisiens, étaient révolus - ce que nous lui accorderons bien volontiers - notre président régional célèbre à l'envie le présent, dont le défilé de la Breizh Touch en Septembre dernier à Paris serait la plus emblèmatique preuve de réussite et justifierait pleinement à ses yeux la pleine reconnaissance , je le cite: "de régions fortes dans un État fort". Un État régulateur capable de contrer l'hyperconcentration des moyens financiers, stratégiques et humains sur la mégalopôle parisienne, condition sine-qua-non pour faire émerger des régions adultes. Jusqu'ici nous ne pouvons qu'applaudir tout en soulignant que le chef de fil des socialistes "bretons" découvre ce que les militants bretons n'ont cessé de proclamer depuis de décennies. Une première interrogation tout de même: comment se fait-il que lorsqu'il avait le pouvoir à Paris le parti de Jean Yves Le Drian n'a jamais pu (voulu?) mettre en œuvre cette généreuse et clairvoyante politique?
La réponse nous est donné par Jean Yves Le Drian en personne puisque quelques lignes plus loin il récuse toute forme d'émancipation politique pour la Bretagne: "point d'indépendance et même d'autonomisme".
Mais Jean Yves Le Drian n'est pas à une contradiction près puisque plus loin dans son exposé il appelle à la rescourse le "fighting spirit" de l'Irlande pour insuffler aux Bretons un "Breizh Spirit" au service de la France et de l'Europe! Posons lui la simple question: si l'Irlande était restée sous la domination de Londres, aurait-elle pu atteindre son niveau de développement économique actuel? Quant à ce "fighting spirit" ne vise-t-il pas tant à servir la grandeur de la Grande Bretagne mais bien en premier lieu les Irlandais...
Autre interrogation: de quel "fighting spirit" Jean Yves Le Drian et ses "ministres" ont-ils fait preuve lors de la crise de la pêche et lors de l'imposition de la nouvelle carte judiciaire? La réponse est limpide: aucun puisqu'ils ont pour seule ambition de se contenter du statu-quo actuel, statut nullement remis en cause par un Parti Socialiste plus enclin à régler des comptes internes qu'à sortir du dogme centralisateur.
Aussi à moins d'être un benet sur le plan politique, on a de la peine à saisir comment la péninsule bretonne peut espérer atteindre ces objectifs en gardant un statut politique de seconde zone avec des ressources propres dérisoires, une amputation de 40% de son potentiel économique et une mise sous tutelle jalouse par un superpréfet fidèle exécutant les décisions d'un état central hostile à tout nouveau transfert de pouvoir. Pour le moment on assiste surtout à un transfert de charges. Le tout récent discours de MAM - ministre de l'intérieur - à Strasbourg a été sans détour sur la question: tout accroissement du pouvoir régional est exclu car ce serait ouvrir la porte au Fédéralisme. Voila l'ennemi.
Aussi pour remettre les choses au clair nous dirons à Jean Yves Le Drian et à ses collègues socialistes qu'il leur faut cesser de cultiver l'ambigüité. La Bretagne n'est pas une région mais un pays avec un peuple, le peuple breton qui constitue une nation, une nation sans état. Cette nation est englobée dans un état, l'État français qui impose sa culture majoritaire aux cultures minoritaires. Comme le rappelait récemment un journal israëlien, la France ne reconnait en son sein aucune minorité national et aucune autre langue officielle que le français. Aussi s'il fallait à Israel choisir comme modèle d'état celui de la France [autoqualifié d'exceptionnel], Israel devrait en toute logique imposer à tous ces citoyens une langue unique, l'Hébreu et imposer une homogéneisation culturelle à tous ses habitants, minorité arabe comprise. Voilà un aspect du problème que les envolés lyriques de notre président se sont bien gardées dévoquer.
An Dibikouzer
e qui se passe en Palestine doit inciter chaque militant breton à la réflexion. Voilà en effet un peuple victime depuis
des décennies de spoliations territoriales et économiques ininterrompues qui, comme cela ne suffisait pas à son malheur,
voit sa situation aggravée par une lutte fraticide entre deux fractions rivales le Hammas et le Fatah pour les nommer.
Cette absurde spirale de la violence inter palestinienne a pour seuls résultats une aggravation considérable des
souffrances de la population et le report à une échéance de plus en plus lontaine d'une solution négociée avec Israël.
Autre conséquence: la peau de chagrin des territoires palestiniens se trouve désormais scindée entre deux directions
politiques distinctes le Hammas controlant la bande de Gaza et le Fatah la Cisjordanie. Évidemment il serait naïf
d'ignorer les dessous d'un tel ambroglio. Le Hammas, créé de toutes pièces à l'origine par les services spéciaux
israéliens pour affaiblir le Fatah, a échappé à ses concepteurs à la fois nourri par la corruption régnant au sein du
Fatah et par un radicalisme islamique sans faille. Il convient de ne pas ignorer non plus les interventions occultes
étrangères "intéressées" visant à conforter l'un ou l'autre des adversaires, Iran pour l'un, une partie des Occidentaux
pour l'autre.
En Bretagne , fort heureusement nous sommes loin d'une pareille situation. Il n'en reste pas moins que l'éparpillement des forces qui prétendent ici à arracher pour le Peuple breton un statut politique lui assurant une large maîtrise de ses affaires, est tout aussi contre-productif, pous ne pas dire suicidaire. Les récents résultats électoraux obtenus ici et là par les candidats du Parti Breton et de l'Union Démocratique Bretonne démontrent, sans ambiguïté aucune, que l'heure oblige au regroupement, à un moment où le camp qui nous est le plus hostile triomphe à Paris.
L'AFB-EKB avait jugé avec raison que présenter des candidats aux législatives constituait une erreur parce qu'il ne pouvait en résulter que dépenses et déception. Par contre il importait d'une façon ou d'une autre de nouer des liens ici et là pour préparer les municipales. C'est ce que nous avons fait de deux façons: d'une part en privilégiant le courant qui refuse l'affrontement primaire et dogmatique, d'autre part en posant les premiers jalons pour mettre en place une structure commune à tout le courant fédéraliste patriote. Une première rencontre a eu lieu, d'autres dorénavant vont suivre chacun ayant enfin compris que le temps du bluff et des antagonismes de personne est révolu.
Améliorer notre fonctionnement, renforcer nos liens internes et augmenter nos effectifs, telles sont les priorités pour les prochains mois afin de nous faire mieux cnnaitre auprès du grand public et d'être en mesure de préparer de façon mature et responsable cet indispensable travail en commun que beaucoup de militants sincères appellent de leur vœux. La nouvelle direction de notre mouvement, bien décidée à marcher dans cette voie, va donc dès cet été prendre des initiatives pour lancer l'idée d'une rencontre des forces, sans exclusive aucune, qui s'obstinent à croire, pour le Peuple breton, à un autre avenir que son assimilation "soft" dans le melting-pot hexagonal.
An Dibikouzer.
nterviewée tout récemment dans l'émission télévisée hebdomadaire de Christine Ockrent,
une députée hollandaise du
parlement européen disait sa consternation face à la tonalité des déclarations et des prises de position des deux
principaux candidats aux élections présidentielles françaises. De son point de vue l'irruption, avec comme objet majeur
dans le débat, des affirmations sur l'identité française, prenait une tournure intolérable. Selon elle, la France donnait
ainsi à ses partenaires européens l'image d'un pays plein de suffisance cultivant un nationalisme agressif et égoïste.
Elle résumait sa pensée en parlant de : "régression infantile et communautariste" à l'opposé des attentes des voisins.
Il est assez piquant de voir qu'un terme utilisé par la phraséologie officielle pour stigmatiser les identités et
appartenances sortant du moule dominant se retourne contre ses inventeurs. C'est bien là le paradoxe à l'opposé de ce que
nous serinent nos jacobins. Un pays dont la vocation première serait de porter son message universel et autoproclamé au
reste du monde, donne de lui la vision d'une société aigrie et dominée par l'intolérance et le refus de l'altérité.
De cette prétention à l'aveuglement devant les réalités internes et externes, il y a peu. Ce renfermement porte un nom :
l'autisme. Notons d'ailleurs que d'autres personnalités que notre députée hollandaise perçoivent aussi cette dérive
cocardière et réductrice du débat politique. Ainsi Michel Wierworka, dans un éditorial paru dans Ouest France du 2 avril,
met lui aussi en garde contre cette "face noire de la force". Il épingle la démarche bonapartiste de Sarkozy et la façon
dont la "Jeanne d'Arc du Poitou" a cru bon de lui emboiter le pas. Lui aussi dénonce cette vision d'un pays fermé qui
serait menacé du dehors par la globalisation et la construction européenne, et du dedans par la poussée des identités ne
rentrant pas dans le "moule", tout particulièrement les régionales.
Le discours prononcée à Caen (9 mars) par le candidat de l'UMP est symptomatique de cet état d'esprit : Alors que le mot France y est prononcé à 109 reprises, son discours de 9 pages ne mentionne pas une seule fois la construction européenne, aucun développement sur la politique étrangère, aucune proposition pour son projet économique et encore moins un quelconque intérêt pour le renforcement des pouvoirs régionaux. Un seul thème est retenu : celui d'une France mythique et éternelle se suffisant à elle-même face au méchant monde "anglo-saxon", falsifications et approximations historiques à l'appui. Quant à sa "commère", sur un mode plus décalé, reconnaissons le, elle n'est pas en reste et on se demande bien où est passé son projet de gouverner avec les régions. Il est vrai que faire connaissance avec les proches conseillers des protagonistes permet sans aucune ambigüité de savoir, au-delà des pirouettes tactiques et verbales de chacun, à quelle sauce les peuples et expressions identitaires autres que "la communauté libre des citoyens" seront traités. Ainsi l'ex ministre de l'intérieur a-t-il pris soin de nommer comme successeur un adepte pur sucre de la langue de bois et des réponses biaisées. Son principale conseiller occulte reste l'inamovible Claude Guéant un "grand" de la gente policière, zélé connaisseur des dossiers et des réseaux. D'autres encore comme Alain Bauer avec ses connections outre-Atlantique ou Brice Hortefeux, sans état d'âme quand nécessité oblige, sont les garants d'une "république qui a accompli le vieux rêve des rois et en a fait une nation une et indivisible".
L'ardente promotrice du Chabichou a su aussi s'entourer de personnages attachés à museler les "identités dissonantes". L'austère et distingué Jean-Louis Bianco, blanchi sous le harnois mitterrandien, a repris du service. Co-directeur de la campagne il est, comme Claude Guéant le fait chez Nicolas Sarkozy, chargé de valider la ligne. Même promotion de l'ENA, mêmes cravates, même métier. Pas plus Christian Chantepy, conseiller d'État, que l'ex-trotskyste Mme Anne-Sophie Petersen, n'ont en tête de conseiller une réforme de l'État qui s'inspirerait du modèle fédéral. D'ailleurs Julien Dray est là avec ses réseaux prêts à stigmatiser toute tentative qui ferait la part belle aux identités bretonnes ou basques.
À la lecture de ce qui précède il sera donc intéressant de lire les réponses aux 10 questions que nous leur avons adressées ainsi qu'aux 10 autres compétiteurs en lice. Sans trop nous tromper nous pouvons déjà prévoir que le candidat de l'UMP renouvellera son niet explicite à la ratification de la Charte Européenne sur les minorités. Madame Royal sera sans doute réticente à donner une réponse ferme sur le non cumul des mandats étant donné que 4% seulement des députés de son parti sont dans ce cas. Nous ne préjugerons pas du reste. D'abord soucieuse des intérêts de la Bretagne et de ses habitants, l'AFB-EKB jugera donc sur pièces à la suite de quoi elle ne manquera pas de suggérer la voie la moins mauvaise pour la sauvegarde de l'Hermine.
An Dibikouzer.
oilà un thème que d'emblée, pour paraphraser un des acteurs les plus doués de notre époque,
Fabrice Lucchini, il convient de définir comme "hénaurme". Aussi pour être plus concis, cette rubrique entend-t-elle y
apporter quelques remarques et éléments de réflexion sous l'angle breton. Point de vue iconoclaste aussi.
Pièce supplémentaire au tableau: s'interroger sur la suite à donner à la manifestation du 3 juin dernier à Rennes.An Dibikouzer
eux éléments ont marqué l'actualité et illustrent de façon significative la
"démocratie" telle qu'elle se conçoit en France ces derniers mois.An Dibikouzer
ous l'avions dit à l'issue des élections qui ont amené une nouvelle majorité à la tête du Conseil régional:
à priori elle suscitait beaucoup d'espoir pour la Bretagne. Plus de 20 mois après son installation y a t-il lieu d'être satisfait?
Pour l'observateur averti le bilan semble devoir être bien coûteux pour le contribuable et bien maigre pour les réalisations tangibles.
Qu'on en juge.An Dibikouzer
'il est un peuple en Europe vers lequel il convient de tourner nos regards et d'y puiser une inspiration,
c'est bien le peuple basque. En premier lieu il faut dénoncer l'image fausse véhiculée en Bretagne par quelques esprits imprégnés de
références historiques obsolètes (l'ère franquiste est loin) et liés à une frange ultra minoritaire de la société basque actuelle. La vérité
est que le peuple basque en 2005 est certainement l'un des plus en pointe pour la reconquête de sa pleine souveraineté. Rappelons au préalable
quelques faits historiques.
An Dibikouzer